Homesickness
Traduction : Zacharie Boissau et Charles Bonnot.

Les nouvelles sont bonnes, surtout celles de Colin Barrett. « Greetings from Éireann » pourrait-on presque lire au bas d’une carte postale envoyée par un ami. Déjà les paysages se dessinent et le vent souffle à nouveau sur le comté de Mayo, quelque part entre Portacloy et Ballina, au nord de Galway. Nous sommes de retour en Irlande, au bout de cet autre ouest celtique et âpre. Colin Barrett nous donne donc des nouvelles et les souvenirs amènes de son premier recueil, Jeunes loups (Rivages 2016), remontent en surface. Entre temps, il y eut un roman de même inspiration (Fils prodigues, Rivages 2025), mais c’est avec grand plaisir que nous retrouvons le garçon sur son terrain de prédilection, à savoir le sprint et le format court.
Huit nouvelles au programme de ce Mal du pays, et toujours cet équilibre adroit entre le rural et le social, le sensible et le déraillé. Les affaires reprennent et une Fusillade à Rathreedane donne d’emblée le ton. Premier texte : première salve de plomb et de phrases aussi chargées que l’arme à feu incriminée. En arrivant sur place, la sergente Jackie Noonan ne peut que constater les faits : deux minables ont séché un minable pour un larcin minable. De ces destins de rien émergent des pastels mélancoliques que ne renieraient pas Raymond Carver ou, bien sûr, Franck O’Connor pour rester sur le terrain de la littérature irlandaise.
Que ce soit la famille Munnelly enlisée dans Les Chemins ou les frères Hughes, surnommés Les Alpes, les minuscules bribes de vie suivantes confirment un art de dire beaucoup tout en racontant avec parcimonie. Les Hughes, par exemple, montent au pub comme d’autres partent au front. Et puis un jeune homme investit l’estaminet, un katana en main. L’inquiétude s’immisce. Mais, dilué dans la Guinness, le danger se fait gaudriole et règlements de comptes verbaux risibles. Dans la foulée, Colin Barrett enfonce le clou, et Silver Coast est une autre illustration de cette magistrale propension à remplir des espaces laissés en jachère. Lorna et ses voisines y prennent le thé avant de rejoindre le buffet clôturant les obsèques de Lydia Healy. Les jolies tournures comblent et dissèquent la vacuité d’un lotissement middle-class engourdi. Les mots, tels des notes, rédigent les mélodies d’une partition nue. Sur ce thème du plein en trompe-l’œil et du délié acrimonieux, Anhédonie me voilà et Le Noir bourdonnement volatil atteignent ensuite des sommets de pureté, de pureté grise néanmoins, plutôt que virginalement blanche. De Bobby, le poète loser, à cet autre Sean, dogsitter et vaguement romancier, les existences précaires y conjuguent l’absurde, les questions existentielles et ce nécessaire doute qui devrait animer chaque écrivain. Le 10, la nouvelle qui ferme la marche, douche les espérances d’un espoir du football irlandais en route vers le néant et conclut en pente douce cette succession de portraits enlisée dans la marge et le vide.
JLM









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