Our Wives Under the Sea
Traduction : Laetitia Devaux, Laure Jouanneau-Lopez

La maison d’édition La Croisée définit sa ligne éditoriale ainsi:
« C’est la fenêtre qui aimante le regard, l’appel du dehors, les lignes de mire… C’est l’endroit vers lequel on tend – l’autre, l’ailleurs – et le point de rencontre.»
(Émilie Lassus, Éditions La Croisée)
Le roman Nos femmes sous la mer s’inscrit parfaitement dans cette vision. Il raconte l’histoire d’ « une personne qui a laissé son regard sombrer si profondément qu’elle ne parvient pas à le récupérer » : Leah. Et de celle de Miri, qui assiste, impuissante, à la mue — métamorphose ?décomposition ? — de la femme qu’elle aime.
Le récit alterne entre ces deux voix, sous forme de courts fragments.
Leah, biologiste, participe à une mission de recherche sous-marine à plus de six mille mètres de profondeur. Elle s’embarque pour trois semaines avec deux collègues à bord d’un submersible. Dès le début du roman, le sous-marin s’enfonce dans les abysses et tombe en panne. Une panne étrange : tout s’arrête, sauf les productions d’air et d’eau douce. Leah raconte lentement, paisiblement, les réactions singulières des trois naufragés.
« À part le fait qu’on était incapables de se déplacer dans une direction ou une autre, et incapables de communiquer avec la surface, ce voyage inaugural se déroulait en vérité sans accroc. »
Miri, la compagne de Leah, attendra six mois avant de la retrouver. Mais est-ce encore SA Leah ? Dans cette ville gorgée d’eau, où tout semble suinter, où même « le bruit saigne du plafond », Leah commence à présenter des altérations troublantes sur sa peau:
« Celle-ci est argentée, voire nacrée comme une huître, dans les plis du coude et au creux de la nuque. »
Elle ne se nourrit bientôt plus que d’eau salée et refuse de quitter la baignoire…
Avec beaucoup de délicatesse et de sensibilité, Julia Armfield aborde dans ce premier roman les thèmes du deuil, de la désagrégation des corps mais aussi la puissance de l’amour face à la transformation irréversible de l’être aimé.
Nos femmes sous la mer est un roman profondément mystérieux. Le lecteur rationnel n’y trouvera pas les réponses qu’il espère et pourra ressentir une certaine frustration. En revanche, s’il accepte de se laisser porter par le rythme lent et fluide du texte, par les sensations et l’émotion, il restera libre d’accueillir les ambiguïtés du récit.
Un roman troublant, d’une cruauté presque douce qui dilue les frontières entre l’inconnu et nos certitudes.
Soaz.









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