Nyctalopes

Chroniques noires et partisanes

BASE TOUNDRA d’Olivier Truc / Métailié Noir.

L’aérodrome F67 des Forces armées suédoises en Laponie. La seule base à des centaines de kilomètres à la ronde, la plus au nord du pays, la plus proche des frontières norvégienne, finlandaise et soviétique. Dans la toundra, « un paysage des premières heures du monde », « une nature sauvage et désolée, harassée par la dureté du climat. »

Un aérodrome sur lequel le capitaine Stig Blumfors pose son Junkers F 13, le premier septembre 1939, avec une enveloppe cachetée annonçant que « L’aérodrome F67 vient de passer sous l’autorité des services de renseignement et d’être mis au secret. »

Et ce même aérodrome, devenu en 2023, terrain d’exercice en milieu enneigé et froid, pour une centaine de parachutistes français sous les ordres du capitaine Guy Puech et sous l’autorité de la capitaine suédoise Maria-Pia Tedelius.
« En l’espace d’une rencontre avec une vieille Sami et le temps d’un trajet à travers la toundra », les deux officiers vont être transportés dans une autre dimension avec la découverte de trois carnets rédigés dès 1939 par Sig Blumfors …
« Ils avaient quitté quelques heures plus tôt un terrain d’exercice. Ils revenaient sur une scène de crime. » Celui d’un pilote français assassiné, là, au même endroit.
Puech et Tedelius vont s’attacher à Stig Blumfors, à Brihta, la jolie cuisinière Sami amoureuse de Vivarès, le lieutenant assassiné. Crime passionnel ? Espionnage ? À travers les carnets de Blumfors, passé et présent se répondent jusqu’à parfois se confondre et faire surgir de nombreux rebondissements.
Puech et Tedelius vont aussi faire le triste constat que « tout semble recommencer comme avant » :

-Il y a quatre-vingts ans, la Finlande et la Norvège laissées seules face à la guerre, au nom de la neutralité suédoise. Une neutralité de façade avec le soutien caché à l’industrie de réarmement allemande, les trains de minerai de fer se déversant dans les navires belligérants, les transports de troupes allemandes à travers le pays, des stocks d’or confisqués et cachés sur cet aérodrome placé au secret…

-Et aujourd’hui, des compromis d’une autre nature, « un marchandage ignoble » : les Kurdes extradés vers la Turquie pour obtenir le feu vert d’Ankara à l’entrée de la Suède dans l’OTAN…

« Maria-Pia regardait les manifestants scander leurs slogans anti OTAN. – Ils me font penser un peu à mes parents, à idéaliser la période de neutralité pendant la guerre, à refuser de voir que c’était une fable, comme l’image d’une Suède idyllique qui se croit toujours tournée vers le monde alors qu’elle se recroqueville. »

La narration épouse le rythme de la toundra. Elle pourra sembler lente à certains lecteurs ; elle est surtout d’une remarquable maîtrise…Olivier Truc a le souci d’écrire à partir d’une réalité géographique, historique et culturelle très documentée.

Il vit en Suède depuis plus de trente ans, il est correspondant de presse à Stockholm mais Base Toundra n’est pas un règlement de comptes avec la Suède ! Avec une lucidité presque mélancolique, Olivier Truc ausculte une identité nationale et interroge la manière dont un pays construit sa mémoire collective : sur des silences, des compromis et parfois des reniements.

Soaz.

Chez Nyctalopes : La montagne rouge, Les chiens de Pasvik.

LE FONDATEUR de Giuliano Da Empoli / Gallimard.

« Derrière la baie vitrée, des drones traversaient déjà le ciel du crépuscule. Ils formaient des figures abstraites, un aigle, une étoile, une carte du monde. Chacun levait la tête, muet, avec le regard de ceux qui voient enfin se dessiner l’avenir qu’ils ont mérité. Dans la vallée, la nuit descendait vite. En face de l’entrée principale, les vans qui allaient conduire les fondateurs à leur dîner luisaient comme une guirlande de lucioles métalliques sous les projecteurs. »

Conseiller politique déchu, G. est enrôlé à sa grande surprise par Alexander Zimmer, le fondateur d’une société de surveillance tentaculaire, à l’œuvre derrière chaque pandémie, chaque guerre, chaque crise mondiale. Il quitte alors Rome et sa culture millénaire pour Marbella, la clinquante ville espagnole où Panoptik est implantée, point de ralliement d’une faune fitzgéraldienne, désenchantée, impitoyable. Ici, sur cette première case de son échiquier planétaire, commence l’ultime partie du fondateur.

 Le premier roman du conseiller politique Italo-suisse Giuliano Da Empoli, Le mage du Kremlin , avait fait une entrée fracassante en littérature en ratant de peu un Goncourt qui semblait lui tendre les bras. A l’époque, il emporte le prix de l’Académie française, et quand bien même si dans nos choix, on considère ces prix sans intérêt, trafiqués, bassement mercantiles, cette convergence dans les nominations montrait un roman puissant, très surprenant, en lien avec une actualité russe inquiétante.

Ce deuxième roman qui fouille le monde de la Tech et leurs maîtres, est inspiré de la personnalité de Peter Thiel, le puissant et discret créateur de Palantir Technologies, « officine spécialisée dans les renseignements, spécialisée dans le domaine de l’analyse de données à grande échelle pour les secteurs du maintien de l’ordre, du renseignement et la sécurité… » Wikipédia.

Alors, pour bien préciser la monstruosité de cette entreprise, Palantir est utilisée par exemple par l’Ice (la police américaine anti immigration) et renseigne l’Etat français (on connait la réussite des manifs du 17 octobre) notamment en matière de sécurité. Cette collaboration française devrait s’arrêter en 2028, Palantir, serait remplacé par ChapsVision, un équivalent français.

Pour bien évaluer la portée de Palantir, sachez que les principales puissances occidentales ont signé pour leur armée, leur police, leurs services d’urgence et de sécurité. Tous, sous la coupe de Peter Thiel et son amour de Tolkien au point de donner à sa société le nom d’une boule indestructible du Seigneur des anneaux le palantir.

Le roman de Giuliano Da Empoli est un formidable sésame pour entrer dans le ventre de la Bête, du monstre qui va nous tuer avec l’aide de l’IA. Attention au mouvement de bascule. Le prix Nobel de physique Geoffrey Hinton a déclaré récemment au quotidien The Telegraph :

« Pour que l’avenir soit le meilleur possible, il va falloir se « lier d’amitié » avec l’intelligence artificielle. »

En soi, cela fait déjà peur de savoir que l’intelligence humaine est déjà dépassée par sa créature, que des millions de personnes deviennent déclassés ou sombrent dans la misère et parfois dans la violence aveugle. Mais quand on sait qui détient l’IA, on ne peut s’empêcher de penser, ces gens-là nous veulent-ils vraiment du bien ? Est-ce que les puissants qui nous dominent, éternelle répétition de l’histoire, ont un quelconque intérêt à notre bonheur ? non. A notre consommation, oui. Et viendra le jour où les petits gars de la Tech Right américaine issue de la Silicon Valley, Musk et Thiel, en tête de ligne prendront le pouvoir, après avoir un peu joué avec Trump qui leur a garanti en 2024 la suppression des contrôles sur l’intelligence artificielle en échange de leur soutien et de leurs dollars…

Ici à Nyctalopes, on vous présente, on vous propose nos lectures. Parfois des choix plus marqués, de la littérature de « lutte » cachée sous des bannières innocentes mais jamais, je pense, nous n’avons cédé au conspirationnisme, notre âge nous en protège. Mais ce que nous montre Da Empoli fait tout simplement froid dans le dos. Alors, on pourra dire que l’intrigue est plus fine qu’un billet vert, néanmoins quel « voyage en terre inconnue » !

« Aucun des fondateurs ne pensait que son épopée avait un quelconque précédent dans l’histoire de l’humanité. Les plus modestes se trouvaient quelques points de communs avec les empereurs de la Rome antique, mais ils étaient ensuite contraints d’admettre que la comparaison ne tenait pas la route. Bien qu’ils se présentassent comme des dieux, ces derniers n’étaient au final que des humains, et même plutôt primitifs, tandis que les fondateurs se consacraient à « changer l’espèce », comme le disait le mantra qui, à Palo Alto, avait remplacé depuis quelques années l’aspiration plus générique et modeste des premiers startupers à « changer le monde ».

Da Empoli, avec beaucoup de grâce, de charme et une plume éblouissante nous montre cette petite société qui décide de nos vies, qui s’amuse de nos petites luttes, qui reste discrète, silencieuse et qui fait sa thune, pille le monde, s’installe en Nouvelle Zélande, son dernier Eldorado avant les étoiles. Avec une élégance qu’on ne rencontre plus beaucoup aujourd’hui dans la littérature, il pratique comme des attaques au fleuret qui touchent. En lisant Da Empoli, on ne peut qu’être amoureux de la langue française à qui il rend un bel hommage. « En même temps », (blague en voie de disparition), Da Empoli nous offre de beaux outils de connaissance de ces gens au-dessus des politiques, des lois, des règlements économiques, de l’humanité et même de la Terre, les yeux vers l’espace comme ce cher Elon Musk.

Un livre admirable, un avertissement, un outil de savoir avec cette terrible impression de n’être qu’une donnée numérique parmi tant d’autres, exploitable, remplaçable, éliminable.

Clete.

PS :

Peter Thiel is an anagram for « The Reptile »
Peter Thiel’s got a couple mentions in the Epstein Files
Palantir has headquarters in Miami, Denver, New York, Washington D.C. 
London, Paris, Rome and Tel Aviv
And everywhere in between

Net worth 26 billion
He’s got nothing behind the eyes
Wants to build a machine god
So that he never dies


But are you really living
With such a penchant for human sacrifice?

Ron Gallo, « Peter Thiel », EP Yellow 5, 2026.

LE DOMAINE DORÉ d’Olivier Bordaçarre / Denoël.

Jeunes et beaux, dents blanches et réussite irréprochable, Alyson White (comme son sourire donc) et Antoine Doré forment un couple parfait. Propriétaires d’un hôtel de luxe dans les Alpes-de-Haute-Provence, le Domaine Doré, ils coulent des jours chargés mais sereins entre l’attention due à une clientèle exigeante et de juteux retours sur leur investissement personnel quotidien. Hélas, de premières fausses notes commencent à gripper une partition pourtant huilée et toujours enjouée. C’est d’abord le stylo-plume Montblanc fétiche d’Alyson qui disparaît, puis une paire de boucles d’oreilles… Plaies d’argent. Pas mortelles de fait. Jusqu’à l’accident. Poussée dans le décor par un véhicule de gros calibre, l’Audi d’Alyson, réduite en un amas de tôle, signe la fin de l’insouciance « dorée ». À partir de là, le huis clos aimable vire au Cluedo oppressant. Quelqu’un veut supprimer Alyson. Et chaque client, chaque employé de l’établissement, devient un suspect en puissance.
Le ton change, porté par un souci constant et remarquable de l’auteur d’adapter l’écriture aux situations. Elle peut se faire fluide et légère lorsque l’hôtel ronronne d’aise, puis mordre dès que la voix off ourdit sa vengeance et crache sa haine. Ce sont principalement ces mots en italiques, chargés de ressentiment, qui orchestrent une pression de plus en plus prégnante (Pour y associer l’anglicisme puisque l’Américaine Alyson est enceinte au moment du crash routier). Tous les drames endurés en amont refont surface et entravent le présent. Les stigmates suintent et la mort s’invite dans l’ombre d’un coupable qui se dessine. Le joli couple se délite et l’hôtel tangue. Le talent d’Olivier Bordaçarre opère, les phrases se font plus âpres. Elles tourbillonnent aussi, comme la spirale de folie dans laquelle Alyson s’enlise pas à pas. L’invisible ennemi pousse graduellement la jeune patronne des lieux à la faute ou à la panique, il l’instrumentalise, il fait d’elle la cible ou la flèche selon les besoins d’une manipulation machiavélique. Une maille à l’endroit, une maille à l’envers : œil pour œil. Et ça s’envenime, crescendo. Le brouillard se déchire lentement et s’ouvre sur un explosif cocktail de luttes, des classes, des pouvoirs, des sexes… Aux violences faites aux femmes répond alors le boomerang des séquelles irréparables.
Sans pour autant déflorer l’épilogue, chacun devine que ces confrontations celées finiront mal, après un enlèvement d’enfant dont Alyson, ayant perdu le sien, est la coupable désignée, après son internement en hôpital psychiatrique, après ses multiples erreurs d’appréciation et l’effritement de sa crédibilité inhérent, après un duel avec le diable, après la tempête qui enfle et laissera table rase.
Dans le sillage de l’incontournable et glaçant La Disparition d’Hervé Snout (Grand Prix de littérature policière 2024), Olivier Bordaçarre ouvre avec Le Domaine Doré une piste plutôt élégante sur le terrain surchargé et parfois lourdaud du polar psychologique. Ajoutons donc cette corde à l’arc d’un écrivain, dramaturge, metteur en scène de théâtre, comédien ; polyvalent et toujours juste.
JLM

LA LUMIERE QUI NOUS RESTE de Chris Whitaker/ Sonatine.

All The Wicked Girls

Traduction: Cindy Colin-Kapen

« C’étaient des gens du coin, la plupart avaient des amis qui vivaient à Grace (Alabama) et ils ne voyaient dans le nuage rien d’autre que le signe d’une tempête imminente, mais des bruits circulaient au sujet de la gamine disparue, de l’Oiseau et d’un paroissien. »

« Un nuage qui aplatirait la ville s’il se détachait du ciel »…Si on ajoute les cinq filles du comté de Briar disparues et qu’on met les choses bout à bout, il faut bien « admettre que ça tient la route » !

Cinq adolescentes « toutes pieuses et pratiquantes » ont donc déjà disparu. Summer Ryan vient à son tour de s’évanouir dans la nature. Elle fréquentait l’église « plus assidûment que tous les ados de la ville.» et jouait du violoncelle comme un ange…

L’inspecteur Black, flic alcoolo, un peu à la ramasse, mais « un mec solide et intelligent », plein de doutes, va tenter de mener l’enquête…sous la pression qu’exerce Joe, le père de Summer et Raine, et de la communauté…

Black :« C’est juste difficile, c’est tout.
– Quoi donc ? »
Il sourit. « Être humain. »

Raine Ryan, la sœur jumelle de Summer, une fille sauvage et souvent cruelle, entraîne deux grands ados Noah et Purv. Leur enfance meurtrie, leur amitié et leur fidélité les rendent très attachants. Leur obstination les lance aussi dans « la recherche d’une sorte de monstre qui ressemble à un oiseau géant. » et nous entraîne vers un dénouement en cascades, époustouflant.

L’écriture de Whitaker est singulière, sensible aux êtres blessés et aux atmosphères inquiétantes. Le récit m’a toutefois paru plus foisonnant, parfois plus confus que Toutes les nuances de la nuit.

La Lumière qui nous reste paraît en France en octobre 2026. C’est la traduction d’un roman beaucoup plus ancien dans la carrière de l’écrivain. On y décèle, comme en construction, l’univers de Toutes les nuances de la nuit : des affaires criminelles violentes, « adoucies » par la gentillesse, la générosité de quelques personnages, leurs failles et leur quête d’absolu.

Le titre anglais et le titre français m’ont interpellée. Ils ouvrent une question sur la manière dont un titre peut orienter notre lecture :

Le titre anglais, All The Wicked Girls (Qu’on pourrait traduire par « Toutes les mauvaises filles ») nous place du côté du soupçon et du jugement, avec une connotation morale et une accusation qui semble d’ailleurs ancrées dans l’esprit de cette communauté…

C’est précisément ce contre quoi, Summer s’insurge dans ses confidences :

«Le diable dansait parmi nous et tous ces pasteurs à deux balles, tous ces colporteurs de mensonges à la lidocaïne, tous ces agents secrets et tous ces putains d’anciens prêtres satanistes qui avaient soudain vu la lumière (pas la lumière de Dieu mais celle des caméras de télévision), ils jouaient leur rôle à la perfection. Ils se vautraient dans la Panique parce qu’elle leur donnait enfin une raison d’être. La religion a besoin de la peur, ça n’a jamais été un secret. »

À l’inverse, le titre français, La Lumière qui nous reste, nous place du côté de ce qui éclaire encore les êtres. C’est cette lumière qui m’intéresse le plus dans ce roman : la fragilité des personnages, et leur force. Leur façon de résister à l’obscurité et de garder la possibilité de se reconstruire.
Peut-être résume-t-il mieux le leitmotiv de Chris Whitaker ?

« On est tous bien plus que les mauvaises choses qu’on fait. »

Soaz.

Autre titre Duchess. (Nyctalopes, 2022).

AVEN de Lilian Bathelot / La Manufacture de livres.

L’objet-livre m’a semblé être un petit bijou qui n’en démentira pas le contenu : il ouvre le récit avec cette photographie aux couleurs ensorcelantes, presque magiques mais aussi des plus pertinentes, nous y voyons les ombres et les lumières de l’aven, la cité de pierres où nous plongera Lilian Bathelot « un paysage qui traverse les âges » . Le site est classé au Patrimoine Mondial de l’UNESCO. Pour le centenaire de la société Aven Armand, Lilian Bathelot a reçu une proposition d’écriture de la Manufacture de livres, soit un an de travail à plein temps.

Première descente.

Lilian Bathelot emprunte à l’histoire : « inexploré pendant des millénaires, l’Aven Armand était un abîme, un gouffre, objet de légendes terrifiantes, gosier du diable, accusé d’avaler les troupeaux et les voyageurs égarés. »1

Première époque d’une intrigue en trois déclinaisons :

Pour commencer, s’immerger au « cœur du territoire du clan des hautes terres du milieu sur le causse qui ne s’appelle pas encore Méjean » et comme les pierres y parlent encore, Orhark, la Chamane, trace ses ambitions et nous emmène au détour du néolithique moyen, dans la Préhistoire.

Un aven est : « Un puits naturel aux parois abruptes, creusé dans un plateau calcaire par les eaux d’infiltration et formé, soit par dissolution, soit par effondrement de la voûte de cavités karstiques, dans les Causses ».

Nous allons agréablement descendre sans rappel, et nous laisser glisser « au confluent des gorges de la Jonte et du Tarn ». Suivre l’écriture talentueuse de Lilian Bathelot, heureuse surprise, d’un niveau littéraire qui fait tellement de bien, une vraie découverte. Une écriture nourrie par des connaissances techniques évidentes, par une pratique de la nature et de la spéléologie mais aussi par une attention aux relations humaines dont il nous parle.

Que tire-t-on des brumes et des transmissions du passé, et des secrets enfouis dans la terre ?

On pense au travail d’André Leroi-Gourhan, on aime le récit très prenant de Lilian Bathelot qui nous immerge dans une histoire contemporaine à travers le temps d’une écriture fine et habitée.

Deuxième temps en 2025, gorges du Tarn, spot de grimpe secret « Paul Emploi » :

Fanny, pigiste avec un master en Histoire de l’Art. Sous une pile de vieux journaux, Élodie, embauchée en tant qu’extra dans l’équipe de guides, son amie, trouve, en vidant la maison de sa grande-tante, dans une maison qui avait appartenu à Louis Armand, des carnets mystérieux où cet aïeul forgeron « notait en détail la préparation des exposés avec Édouard-Alfred Martel ».

Ces carnets sont une porte d’entrée mystérieuse vers une histoire vibrante et singulière sur la mémoire des territoires, une forme de permanence des paysages, ce que les hommes laissent derrière eux, et un hommage à la terre. On aurait peut-être souhaité une dimension policière plus affirmée.

Troisième époque, XIXème siècle, la découverte de l’Aven Armand, au départ de l’Hôtel du Rosier, 18 septembre 1897 :

« Le premier dimanche de septembre est passé, et Ginette, la tenancière de l’hôtel des voyageurs du Rosier, en est fort aise. Désormais, la chasse est ouverte, et pendant les mois d’automne et d’hiver, elle va pouvoir régaler sa clientèle de lièvres, de perdrix, de cailles, de lapins, et même de sangliers qui lui coûteront le prix de quelques cartouches de chasse. La somme rondelette investie quelques années en arrière dans l’achat d ‘un fusil hammerless de calibre 12 pour son aîné est amortie depuis belle lurette ».

N’en disons pas plus de ces entrelacements.

Lisez-le.
1 : piqué sur le site de l’Aven Armand

Chiara Zinc

Du même auteur chez Nyctalopes.

Simple mortelle.

UN LOUP DANS LA VILLE de Jo Nesbø / Série Noire / Gallimard.

Minnesota

Traduction: Alain Gnaedig

« 2016. À quelques jours de la convention annuelle de la NRA – l’association qui défend le droit à porter une arme -, un sniper sème la terreur à Minneapolis. Vite identifié, Tomas Gomez, dit Lobo, immigré mexicain diabétique et tatoué, se volatilise chaque fois que la police se rapproche. Une ombre. Voilà donc les services de sécurité sur le qui-vive : on craint que le maire, fervent soutien de la NRA, ne soit sa prochaine victime. L’inspecteur Bob Oz, bien que mis à pied pour violences en service, suit clandestinement la piste du tueur. »

Un loup dans la ville est donc notre Nesbø annuel, une des grosses machines de la SN, aux ventes mondiales impressionnantes et adapté à l’écran à plusieurs reprises. Même s’il nous garantit généralement de polars de qualité, vu le rythme fou de ses parutions, l’auteur norvégien n’est pas à l’abri de romans, disons moins réussis. Malgré l’assurance de trouver chez Nesbø tous les ingrédients qu’on aime retrouver dans un bon thriller parfois le cocktail n’est pas buvable. Nesbø est capable de passer de l’excellence dans Leur domaine à un bon foutage de gueule dans sa suite Les maîtres du domaine. Néanmoins, Jo Nesbø est un grand du polar et si ses héros sont parfois bien sales, ce n’est que le triste résultat d’une trop longue cohabitation avec les caniveaux de la civilisation occidentale. On présente à tort Jo Nesbø comme un auteur de polar nordique et même s’il dénonce souvent les USA (une grosse charge dans ce roman), il n’y a pas plus ricain que Nesbø sur la forme comme sur le fond.

Le loup dans la ville est le parfait exemple de relation amour/haine de Nesbø avec les USA. Le roman dans sa version originale se nomme Minnesota ce qui ne laisse aucun doute sur le théâtre du polar. Jo Nesbø nous invite plus exactement dans la ville natale d’un certain Prince Rogers Nelson « le kid de Minneapolis » qui chantait une pluie violette… une ville encore traumatisée par la tragédie de George Floyd assassiné par Derek Chauvin de la police de Minneapolis. Avec son genou sur la gorge de Floyd, il faudra neuf minutes à Chauvin pour ôter la vie d’un type suspecté d’avoir utilisé un faux billet de vingt dollars pour acheter des cigarettes. Dans sa version anglo-saxonne, le titre devient  Wolf Hour, perdant ainsi sa singularité américaine dans l’œuvre du Norvégien. Peut-être que l’association Nesbø / Minnesota ne fonctionnait pour l’équipe commerciale…Et c’est dommage parce que ce roman porte un regard, pertinent ou pas (parfois à la manière du Guide du Routard.), sur une certaine Amérique moins sous les spots comme NY ou la Californie.

Il faudra un jour qu’on s’intéresse au côté malsain et macho des personnages masculins de Jo Nesbø, avec bien sûr en haut de la liste son enquêteur fétiche la grosse enclume de Harry Hole, con comme une valise, mais méchamment plus dangereux : alcoolo, toxico, suicidaire, enragé dont on nous épargne les derniers cauchemars ces dernières années.

Bob Oz porte les casseroles coutumières à ce genre de flic désespéré, apporte les réponses attendues par beaucoup de lecteurs de Nesbø : bas-fonds de la société, violence, vengeance, cruauté, rédemption, rédemption et rédemption… Nesbø a juste déplacé son théâtre de la violence de l’Europe vers l’Amérique profonde en y ajoutant une analyse politique que chacun appréciera à sa manière. Personnellement, je préfère toujours les originaux aux imitations. Il existe une certaine littérature de « combat » américaine de qualité que l’on vous vante depuis de nombreuses années et qui vous donne des instantanés valides, loin des considérations « mainstream » d’un touriste.

Pour autant, on aurait tort de sous-estimer « Un loup dans la ville » au suspense maîtrisé qui remplit parfaitement son office de thriller grand public.

Clete.

PS: En fait quelle finesse peut-on attendre d’un roman ouvrant sur une citation de Rammstein, hein?

Du même auteur chez Nyctalopes:

Macbeth, La soif, Soleil de nuit, De la jalousie, Le couteau, Eclipse totale,

VIVEMENT LUNDI de Mathieu Jeannette.

« Ces fêtes de famille qui partent en vrille ; une frangine et ses goûts effarants ; les joies du Lavomatic ; un séminaire d’entreprise un doigt trop élastique ; quelques notes de bossa, et une retraite miséreuse qui soudain s’invite sur les sables de Copacabana… Nous avons tous vécu ou rêvé des situations identiques ou presque à celles que vous découvrirez ici. Et pourtant ! »

Un premier livre, comme toute première fois, cela n’est pas anodin. Mathieu Jeannette, paysagiste de son métier, cultive les mots sur son temps libre. Avec Vivement lundi, il plonge officiellement, mais à son compte, dans le grand bain de la littérature. Sans jamais tirer sur la corde, contrairement à la dizaine de personnes sur la photo (authentique) de couverture immortalisant un autre plongeon, il déploie ici pas loin d’une cinquantaine de textes courts, pour un recueil de 137 pages au format poche.

Des scènes de vie, voire des scénettes, souvent drôles pour ne pas dire caustiques, composent ce livre. Quand la vie vous joue des tours ou quand les détours de la vie vous confrontent à l’ironie ou l’absurdité de celle-ci, Mathieu Jeannette croque des moments souvent brefs mais qui en disent long. Que ce soit en six lignes ou en trois pages, il n’en faut guère plus pour viser juste. Une concision parfois carveriste mais jamais austère, volontairement épurée plutôt qu’aride. D’autres influences à chercher, peut-être, du côté d’Ernest Hemingway ou Régis Jauffret. Les amateurs de nouvelles apprécieront, et ceux qui courent après le temps, aussi. S’il n’y en a pas de mauvais dans Vivement lundi, certains textes, meilleurs que d’autres, laissent dire qu’il y a encore matière à parfaire, et donc à découvrir.

Vivement la suite !

Brother Jo.

Puisque publié en autoédition, si vous souhaitez vous procurer le livre, cela se passe par ici :

https://www.coollibri.com/bibliotheque-en-ligne/mathieu-jeannette/vivement-lundi_1687221

TZIGANE, MAIS LE PLUS BEAU DE TOUS de Kristian Novak / Les Argonautes.

Ciganin, ali najljepši

Traduction: Chloé Billon

« L’histoire offre suffisamment d’éléments pour que chacun se raccroche à ce qu’il préfère. T’as des Roms, des immigrants clandestins, tu peux inventer ta propre théorie. «
Déjà, ce titre qui évoque une chanson populaire des Balkans, avec ce « mais » nous interpelle…

Dans ce roman magistral, quatre voix s’entrecroisent :

-Celle de Milena. Elle est de retour à Sabolščak, en Croatie, terre de frontières, ancienne cité minière, après quinze ans d’absence et de galères : licenciement, divorce, beuveries, coucheries…Elle s’installe dans la maison de son grand-père et embauche le jeune Sandi pour refaire les peintures. Sandi vient du hameau voisin, Bukov Dol, qui abrite une communauté Tzigane. Le climat entre les deux hameaux est tendu et complexe. Jalousie, mépris, entraînent injures et agressions sous l’œil « indifférent » voire partial de la police locale …

-Celle de Nuzat. Il vient de Mossoul, il est kurde et laisse sa femme et ses deux enfants pour fuir Daech. Il pense rejoindre un oncle à Calais. Longue errance, mensonges, maladies, humiliations, tabassages, découragement, désespoir. Amitié aussi. Et puis soudain, le récit semble perdre sa trace. Le retrouvera-t-on dans le livre ?

Milena et Sandi sont amoureux et bravent les rumeurs, la malveillance et les dangers. Mais soudain Sandi ramène beaucoup d’argent. Dans « quelles combines secrètes, dangereuses » s’est-il fourvoyé ?

Et le drame éclate :
« Sandokan Ignac, vingt ans, de Bukov Dol, transféré dans un état critique à l’hôpital régional de Čakovec »
« Tirs à bout portant, probablement avec un fusil de chasse. Nous avons donc trois victimes : une à l’article de la mort, et deux qui ont la tronche en bouillie »
Qui sont les deux autres victimes ? Qui est responsable de cette exécution ?

La police locale reçoit de l’aide : Bule, un inspecteur se révélant être « un mélange intéressant d’hypocondriaque et de suicidaire », Et Plančić qui « rêve de résoudre l’affaire en deux temps trois mouvements, et bim, je serai enfin là où je veux être, dans la vraie police… » La voix de Plančić construit un autre récit, celui des policiers, à partir de préjugés, d’ambitions personnelles et de cupidité pour certains.

Enfin, une autre voix va se faire entendre, celle de Sandi, dans le coma, ce « garçon doux et abîmé. » selon Milena. Cette partie m’a semblé un peu longue mais c’est aussi celle qui, avec la volonté de Milena, et un heureux hasard, permettra de découvrir la vérité et de résoudre l’énigme.

Mais quelle vérité ? Car chez Novak, résoudre l’énigme ne signifie pas retrouver une vérité simple, rangée au bout de l’enquête comme la pièce manquante d’un puzzle. Chacun possède une partie de l’histoire et chacun, avec ce qu’il sait, ce qu’il ignore et ce qu’il croit savoir, est tenté de combler les vides et le lecteur va parfois s’y perdre.

Et puis il y a la langue. Chloé Billon a su faire entendre ces voix différentes, leurs niveaux de langage, leur humour, leur brutalité, leurs silences. Cette polyphonie est l’une des forces du roman : La traduction ne gomme pas les différences : elle leur permet au contraire de coexister et de donner au roman son relief particulier.

C’est un roman grave, dense, parfois éprouvant.
Il faut du temps pour l’apprivoiser. Et sans doute un peu de temps encore, après l’avoir refermé, pour s’en défaire.

Kristian Novak fait entrer dans son roman, ceux que la société rejette : les Roms, les migrants, les exclus, et les place en face des intolérants, ceux du « droit du sol », les trafiquants et la force aveugle mais il ne prétend pas délivrer un message. Interrogé sur le rôle de la littérature aujourd’hui, il répond : « continuer d’exister. »

Et peut-être est-ce cela, au fond, le pouvoir du « mais ».

Il suffit parfois d’un petit mot pour fissurer une évidence.

Il est tzigane, mais…

Soaz.

LE VENT S’EMBRASERA de Guillermo Saccomanno / Asphalte.

Arderá el viento

Traduction: Michelle Guillemont.

Depuis plus d’une quinzaine d’années, contre vents et marées, Asphalte nous offre une littérature urbaine de qualité française, d’abord d’accord, mais surtout internationale. Asphalte parle le plus souvent espagnol parfois portugais et a pleinement contribué à la reconnaissance d’une certaine littérature noire sud-américaine. Citons juste ces jolies découvertes signées Asphalte : le Chilien Boris Quercia ou le Brésilien Edyr Augusto. Pour ma part, j’ai été particulièrement impressionné (et je le reste !) par Basse saison de l’Argentin  Guillermo Saccomanno, impressionnant roman choral cartographiant l’adage populaire comme quoi « l’oisiveté serait la mère de tous les vices » récompensé par le prestigieux prix Hammett 2013. une station balnéaire argentine à la morte saison, un marigot où dominaient l’ennui, le vice, le vide et la violence. Signalons que l’Argentin avait déjà obtenu le prix Hammett en 2009 pour 1977, roman racontant la dictature argentine. 

“Hugo et Moni Esterházy, couple charismatique au passé mystérieux, arrivent à Villa, une petite ville de la côte argentine, où ils reprennent un hôtel à l’abandon. Avec leurs deux enfants, Aniko et Lazlo, inquiétants et plus énigmatiques encore que leurs parents, ils s’immiscent peu à peu dans la vie locale et font voler en éclats le fragile équilibre de la communauté en apparence tranquille…” 

L’achat de cet hôtel en ruines fait de la famille Esterházy une attraction dans cette petite ville endormie hors de la folie estivale et de facto les fait rejoindre la communauté des notables de la cité. Comme dans beaucoup de villes, les petits arrangements, les magouilles, les marchés truqués font que les affaires fonctionnent bien et que l’argent va dans les bonnes poches, et que tout le monde en croque. Ah, cette époque bénie que les nantis de Villa vont regretter ! Milo, le père artiste incompris et joueur compulsif, la mère Moni qui pense qu’elle peut tout s’offrir avec son cul et teste toutes les frasques érotiques qu’elle est en train d’écrire dans un roman porno. Quant aux deux enfants, le qualificatif le plus sympathique pour les désigner serait peut-être “adolescents”. Lâchés dans ce nouveau territoire, ces quatre étrangers dérangés vont créer un effet domino meurtrier et cruel pour toute une communauté.

Parti sur la même idée de photographie d’une station balnéaire que Basse saison, Le vent s’embrasera se distingue ensuite en concentrant sa focale sur une famille, moteur du chaos. Guillermo Saccomanno a déclaré avoir écrit ce roman à une époque délicate de sa vie et s’être astreint à l’écriture d’un chapitre complet chaque jour. On peut décemment supposer alors qu’on ne va pas baigner dans l’euphorie.

Miroir blafard de nos suffisances et insuffisances, Le vent s’embrasera se révèle comme un témoin un peu barré et cruel de nos vacuités occidentales. La répugnance et le malaise nés de certains évocations et situations gênantes est annihilée par une plume renversante dans son art à exprimer la morgue, le dédain, le mépris avec un humour noir mordant, atout ultime des désespérés. 

Un talent beaucoup trop rare, une écriture sans concession, un réquisitoire puissant de nos suffisances. Un peu barré, franchement malsain, Le vent s’embrasera » du Noir insidieux et intelligent comme on aime. Peut-être même le parfait exemple d’une certaine littérature noire et élégante vers laquelle Nyctalopes penche inlassablement depuis ses débuts.

Clete. 

L’ESCALIER DANS LES BOIS de Chuck Wendig / Sonatine.

The Staircase in the Woods

Traduction: Paul Simon Bouffartigue

« Ils étaient cinq adolescents, inséparables. Livrés à eux-mêmes, ils avaient fait un serment : toujours veiller les uns sur les autres, quoi qu’il arrive. Jusqu’à cette nuit passée à camper au cœur de la forêt, au cours de laquelle ils ont découvert un mystérieux escalier, dressé au milieu des bois. Matty a monté les marches, n’en est jamais redescendu. Et l’escalier a disparu. Pris de panique, ses amis se sont enfuis.

Vingt ans ont passé. Et l’escalier est réapparu. Pour Owen, Lore, Hamish et Nick, l’heure est venue de retourner sur les lieux du drame. De retrouver Matty. Et d’affronter ce qui se cache de l’autre côté. Mais ce à quoi ils s’exposent dépasse tout ce qu’ils avaient imaginé. Un cauchemar où les traumatismes d’enfance, les trahisons, les blessures enfouies, les peurs les plus profondes sont aussi menaçants que ce qui attend en haut des marches. »

Même si son œuvre n’est, pour le moment, que partiellement publiée en France et chez plusieurs éditeurs (Sonatine, Pocket, Albin Michel, Panini…) il faut dire que l’écrivain américain Chuck Wendig n’en est clairement pas à son coup d’essai. Après avoir publié en France, en 2019, Les somnambules qui avait reçu un bel accueil, Sonatine publie désormais un nouveau roman de l’auteur, L’escalier dans les bois.

Un jour, une bande de potes adolescents qui a scellé leur amitié en baptisant leur groupe « L’Alliance » et supposée répondre présent à toute invocation de ce nom par les membres de leur petit groupe (Lore, Owen, Hamish, Nick et Matty), part pour une petite expédition en forêt et tombe sur un escalier abandonné et apparemment connecté à rien. C’est alors qu’un ascenseur émotionnel se met en place (escalier, ascenseur… vous l’avez ?). Matty, comme tout bon ado réfléchi qui se respecte, décide de grimper cet escalier sur un coup de tête avant de subitement disparaître nul ne sait où. Vingt ans plus tard, la bande de potes alors brisée par cet événement, voit « L’Alliance » réunie à l’invitation de Nick qui prétexte un cancer qui lui sera mortel sous peu. Le dit prétexte, fallacieux, permet à Nick de réunir ce qui reste de la bande autour d’un nouvel escalier dans une forêt. Bien évidemment, dans une démarche mûrement réfléchie, le groupe décide de gravir l’escalier en question pour hypothétiquement retrouver leur ami disparu. Ils se trouvent alors projetés (Téléportés ? Transportés ?) dans une maison de l’horreur labyrinthique qui leur veut du mal, où chaque pièce leur inflige une mise en scène, cruelle et violente, invoquant un trauma impliquant généralement des personnes faisant du mal à d’autres personnes.

Vous l’avez peut-être déjà compris, l’idée de base, le groupe d’adultes revenant là où un drame inexpliqué s’est passé lorsqu’ils étaient ados, à largement de quoi rappeler celui du fameux Ça de Stephen King. L’idée de la maison labyrinthique avec ses multiples pièces, rappelle également l’un des succès cinématographiques de l’année, le film Backrooms de Kane Parsons. A l’image du film, le roman de Chuck Wendig puise son inspiration dans une creepypasta, ces légendes urbaines qui fleurissent sur le net, notamment sur le forum Reddit r/nosleep. On est donc en plein dans la pop culture contemporaine, dont les références, geek et nerd, sont légion dans ce livre.

Avec une écriture assez redondante, Chuck Wendig enfonce pas mal de portes ouvertes au fil de son histoire somme toute assez confuse (maison, portes… vous l’avez ?). Les situations comme les sujets (l’amitié, le deuil, comment vivre avec les traumas de l’enfance…) demeurent relativement attendus, malgré la mise en scène qui aurait pu surprendre un peu, mais dont l’horreur a peiné à m’atteindre. Les personnages, caricaturaux, n’ont rien de sympathique ou d’intelligent, voire sont assez irritants, notre groupe d’adultes demeurant d’éternels ados qui, pour dire cela un peu vulgairement, chouinent comme des ados et qui souvent ne voient pas plus loin que le bout de leur nez. A son récit, l’auteur tente d’apporter quelques réflexions politiques dans l’air du temps, plutôt bienvenues, mais là encore assez maladroitement amenée et un peu trop moraliste pour faire mouche.

L’escalier dans les bois de Chuck Wendig est un roman d’horreur dont l’expérience peut s’avérer claustrophobique pour les plus réceptifs, mais qui peut peiner à convaincre si l’on s’attarde trop sur les fragilités du noyau de l’escalier. Un livre sur des adulescents, pour des adulescents, qui prendront certainement effroi avec ce récit cauchemardesque réunissant son lot de références qui font recette aujourd’hui.

Brother Jo.

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