House of Bone and Rain
Traduction: Pierre Szczeciner

« Puerto Rico, l’île de l’enchantement. Ses plages paradisiaques, les ruelles colorées de San Juan, le son du merengue. Et l’envers du décor : Barrio Obrero, l’un des quartiers les plus peuplés de l’archipel, où la violence et la pauvreté s’invitent au quotidien. C’est là que Gabe, dix ans, assiste impuissant à la mort de son père. Sa souffrance, il la partage avec quatre camarades de classe : Xavier, Tavo, Paul et Bimbo. Chacun d’eux a connu des épreuves. Chacun sait qu’il peut compter sur les autres. Rapidement, les cinq amis deviennent inséparables.
Quelques années plus tard, la mère de Bimbo est tuée devant la boîte de nuit où elle travaillait. Ivre de douleur, Bimbo n’a qu’une idée en tête : la venger. Quitte à embarquer avec lui ses amis d’enfance, malgré leurs réticences. Entre eux, c’est à la vie à la mort, après tout. Sauf que le meurtrier travaille pour le narcotrafiquant le plus sanguinaire de l’île. Et qu’un ouragan d’une violence inédite menace Puerto Rico. Pour les cinq amis, la vengeance ne promet plus seulement d’être sanglante, mais cataclysmique…«
Récompensé du prix Bram Stoker du meilleur roman et du prix Shirley Jackson pour son livre Le Diable sur mon épaule, l’écrivain portoricain Gabino Iglesias s’est, comme qui dirait, fait repérer. Je ne sais pas si je me serais un jour penché sur son cas sans une citation de Mariana Enriquez qui encense La Maison des os et de la pluie, son nouveau roman publié chez Sonatine. Comme quoi, j’ai beau savoir que c’est assez futile, je peux me laisser avoir comme tout le monde par une simple citation apposée sur la couverture d’un livre. Alors, merci Mariana Enriquez, ou pas ?
A peine débuté ma lecture que, je dois bien le reconnaître, je me suis immédiatement retrouvé happé dans le bouquin avec l’impression que j’avais là un livre dynamique qui me tiendrait sans mal en haleine. Ça pulse tout de suite. Le rythme est opérant. On constate une volonté de bien développer les personnages. L’intrigue s’installe assez vite. On a envie de découvrir où vont nous mener nos cinq jeunes adultes qui s’engagent dans une histoire de vengeance dont on ne mesure pas encore tout à fait la portée. Et là, après une soixantaine de pages, on se fait bien secouer. Notre bande commet son premier forfait et c’est le déferlement de violence. Je n’y suis habituellement pas sensible, ou très peu, mais il faut reconnaître que là, c’est particulièrement brutal. Assez pour que je me dise, est-ce nécessaire ? Est-ce que cela sert vraiment le récit ? Et cette violence va revenir cycliquement au fil des pages. Une violence qui ne fait qu’engendrer la violence, dont Gabino Iglesias ne nous passe aucun détail et qui, à mon sens, est ici utilisée dans des proportions qui peuvent poser question.
Une fois le cycle de la violence entamé, les évènements s’enchaînent rapidement et notre bande multiplie les comportements hâtifs, pour ne pas dire stupides. Des choix parfois si bêtes que l’on s’étonne qu’il soit possible d’en faire une histoire sérieuse. Pour autant, à notre grand étonnement, ils arrivent à prendre le dessus sur toute une brochette de criminels apparemment très dangereux. A cela s’ajoute que notre banale histoire de vengeance prend progressivement une tournure assez… incongrue. Une tempête fait rage. L’ouragan Maria qui a véritablement frappé Porto Rico en 2017. Et comme toute grosse tempête qui se respecte, elle sème son lot de chaos. Si les dégâts réels furent considérables, Gabino Iglesias semble ici en amplifier les conséquences. Puis, à notre histoire se mélange une dose de folklore local qui finit par prendre une telle proportion que les plus réfractaires au fantastique risquent fort de décrocher. Pour tout dire, et je ne suis vraiment pas réfractaire au fantastique, il a fallu que je me résigne à ne plus chercher de sens ou de crédibilité à cette histoire pour que je puisse poursuivre sans y laisser mon cerveau tant ça part, comme qui dirait, en sucette.
Si on peut reprocher à Gabino Iglesias d’être ici très conciliant avec une masculinité toxique qui déborde littéralement de toutes les pages, et d’asséner également une certaine violence de manière assez gratuite, il y a néanmoins un sous texte social et politique louable qui met bien en exergue la réalité de Porto Rico et de la colonisation.
La Maison des os et de la pluie est un roman noir poussif, qui baigne dans le fantastique, dont les rebondissements parfois assez rocambolesques ne manquent pas et peuvent surprendre. Mieux vaut se laisser porter par le rythme assez soutenu, plutôt efficace, que de chercher un sens à l’intrigue dont on peut légitimement se demander sous quelle substance elle a été élaborée. Une lecture qui nécessite d’avoir un minimum l’esprit ouvert, et les ouïes avec, pour être pleinement appréciée.
Brother Jo.
Du même auteur: Santa Muerte.









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