Nyctalopes

Chroniques noires et partisanes

JE SUIS LA MER de Elin Anna Labba / Rivages.

Far Inte Till Havet

Traduction: Françoise Sule

« Je me suis répandu sur les oiseaux, les arbres, les chaussures d’enfant entre mes pierres. Je me suis répandu sur les bateaux devenus trop petits. Ils m’ont pris. Siivujávri, Siivujávri, reste, chantent encore les gens, mais je ne
connaissais pas ces chants. Je les ai noyés. »

Dans la «Vies de Samis – Les déplacements forcés des éleveurs de rennes», publié aux éditions du CNRS en 2022, Elin Anna Labba donnait la parole aux Samis bannis de la toundra et des côtes de Norvège, ces « déplacés », qui selon la « solution »politique étaient déportés, et leur peuple disloqué…
Petite fille de déportés elle-même, Elin Anna Labba raconte ici, une autre forme de déplacement tout aussi tragique: celui de femmes Sami, parquées l’hiver près d’une centrale électrique dans des baraquements insalubres , et qui ne
rêvent, l’hiver durant, que de la transhumance vers l’ouest, au bord d’un lac de barrage, où elles ont construit leur campement d’été.

Lorsque Ravdna arrive sur les lieux, avec sa fille Inga et sa sœur Anne, « le lac avait atteint le meneau de la fenêtre de leur hutte en tourbe, il léchait les écailles de peinture blanche. » Le village a été englouti par la montée des eaux du
lac : le barrage a été rehaussé en leur absence, sans qu’elles n’en sachent rien, et la retenue d’eau a fait disparaître les berges, les chemins, les bouleaux, les plantes médicinales, les villages et les tombes…leur mémoire et leurs croyances.

Elles vont tenter de sauver ce qui peut l’être de ces territoires noyés, puis reconstruire …inlassablement, deux, trois, quatre fois : chaque fois que le barrage s’élève et que l’eau monte inexorablement… Elles vivent de la pêche et ne peuvent pas quitter ce lac qui, devenant une véritable mer, continue à leur parler pourtant, mais les sacrifie lentement au nom de l’électricité qui fait briller les fenêtres de l’autre rive …

Ravdna, Inga et Anne réagiront différemment face à la catastrophe. Mais elles susciteront des émotions d’une égale intensité et feront preuve d’un courage et d’une endurance admirables. La langue est belle, ponctuée, piquetée, de mots et d’expressions en Same du Nord, langue originale (un important
lexique est proposé en fin d’ouvrage). Pas de grandiloquence pour dire la révolte, l’indignation, l’obstination, la désobéissance… Une écriture poétique exprime la résistance d’un peuple méprisé (peuple surnommé « lapon », c’est-
à-dire guenilleux) qui reste digne devant des représentants de l’Etat bornés.

Le rythme est assez lent vers la fin du livre, mais il est peut-être celui d’« Un chant lancinant, joyeux, ou triste, le joik que chacun peut entonner pour se libérer, la substance même d’une langue qui résiste à l’oppression et à l’oubli,
capable de renaître après la mort pour ressusciter le temps aboli. »
(JMG Le Clézio)

« Au bord du lac, une fillette immobile regarde l’eau, et sans doute rêve à une autre vie… Labba a écrit ce livre magnifique pour Iŋgá, pour Ánne, pour Rávdná, pour le lac. Et pour toutes les jeunes filles et les femmes à qui on n’avait rien demandé ». Préface de Jean-Marie Gustave Le Clézio Octobre 2025.

Soaz

14 JUILLET de Benjamin Dierstein / Flammarion.

Succédant à Bleus, Blancs, Rouges sorti il y a un an et à L’étendard sanglant est levé sorti en septembre, 14 juillet est le troisième et ultime volume d’une trilogie noire et politique se déroulant dans la France de la fin du giscardisme en 1977 à la mi-juillet 1984 sous Mitterrand.

Juillet 1982. Les attentats à répétition opérés par Carlos et les services syriens sur le sol français poussent François Mitterrand à s’entourer d’une cellule anti-terroriste composée des plus fins limiers du GIGN, de la PJ et des RG.

« L’inspectrice Jacquie Lienard va profiter de cette opportunité pour grimper dans la hiérarchie auprès de l’Élysée et s’assurer une place de choix au sein de la lutte contre les groupuscules pro-palestiniens, Action directe et le FLNC. Tout comme Marco Paolini depuis la DST et Robert Vauthier depuis la DGSE, elle traque une ancienne moudjahida du FLN qui répond au nom de Khadidja Ben Bouazza et qui n’est autre que la supérieure directe de l’ex-policier Jean-Louis Gourvennec, devenu convoyeur d’explosifs pour l’extrême gauche révolutionnaire.

Au gré des scandales qui secouent la Mitterrandie, des crises successives au sein de Beauvau et de la montée fulgurante de l’extrême droite, tous se dirigent vers un seul point de mire qui leur permettra enfin de découvrir la vérité sur Geronimo et Khadidja Ben Bouazza : Beyrouth. »

Alors, on ne va pas vous faire une fois de plus l’article. L’an dernier, en plus des avis donnés, nous nous sommes entretenus avec Benjamin Dierstein en février puis en septembre. Et puis nul besoin de vous convaincre, si vous y revenez une troisième fois, c’est parce que vous avez bien saisi que Dierstein est un magnifique conteur d’histoires, sans états d’âme pour le ressenti du lecteur : il fonce, il cogne, il relance, il crée l’addiction, ne laisse pas le temps de souffler, si jamais cette stupide idée vous venait à l’esprit.

Benjamin Dierstein sait raconter des histoires sans jamais perdre son lecteur dans des intrigues à plusieurs volets, au moins autant que les quatre principaux personnages du cycle. Vauthier, Lienard, Paolini et Gourvennec ont déjà tous bien morflé, tous leurs idéaux sont tombés au champ du déshonneur mais Dierstein a décidé de les accabler encore plus, les souillant tous définitivement dans les égouts de la République où ils se débattent depuis déjà trop longtemps. Certains vont prendre très cher.

14 juillet, un titre qui semble annoncer un feu d’artifice, un bouquet final mais on est très loin des féeries pyrotechniques des Champs un soir de fête nationale, beaucoup plus proches de la mocheté de tirs de mortiers nocturnes dans des quartiers bétonnés abandonnés. Paris, Marseille, la Corse, Beyrouth, le Chouf et … Locminé (pour happy few bretons) !!! La mort présente dans tous les théâtres, du sang versé sous toutes les latitudes.

« Au silence assourdissant de la détonation se substitua rapidement un concert de hurlements asymétriques, qui résonna dans la gare comme le chant final d’une civilisation mourante. »

Les intrigues sont nombreuses et complexes. Cela nécessite parfois une certaine concentration, mais encore une fois, Benjamin fait de son lecteur un hôte privilégié et ne le perd jamais. La bibliographie, les cartes et les deux index de fin de volume mais aussi les revues de presse, articles de journaux, tribunes ou tracts particulièrement porteurs de sens sur la vérité du pays sont de belles aides à une compréhension plus universelle. On ajoutera que, comme par le passé, les différents biais narratifs, écoutes téléphoniques, rapports de police apportent beaucoup à la compréhension de la situation et  offrent une belle diversité dans le discours. Par ailleurs, la superbe narration de la garden-party de l’Elysée du 14 juillet 1982, en début de volume, sera l’occasion de remettre en ordre tous les éléments du puzzle, de dépoussiérer nos souvenirs avant que Dierstein nous expédie en enfer aux côtés de ses quatre « damnés ».

840 pages de haine, de trahisons, de violences, de meurtres, de coups tordus, de guerres, de douleur et de chagrin. « Des larmes et du sang » avait-il promis…On a beaucoup comparé Dierstein à des auteurs ricains qui lui ont montré la voie. Au moment où, l’histoire terminée, on se sent un peu orphelin, il serait plus juste de dire qu’il fait tout simplement, avec passion et acharnement, du Dierstein. Furieux, avec un petit côté rock n’roll en plus qui le rend unique. Lisez la dernière phrase du roman, une ultime provoc, ce garçon n’a honte de rien.

Bravo et merci.

Clete.

Du même auteur chez Nyctalopes:

La cour des mirages, Un dernier ballon pour la route.

LÂCHER LES CHIENS d’Antonin Feurté / Editions Paulsen.

Depuis près de dix ans, Valère fait le sale boulot. Dans le chenil d’une usine spécialisée dans la nutrition animale, il nettoie la merde des chiens sous la pression d’un patron intraitable. Désormais, il se sait menacé : la nuit, dans le petit village où il vit avec sa femme et son fils, des hommes armés patrouillent autour de sa maison. Pour protéger les siens, il s’équipe et s’entraîne. Jusqu’au jour où l’irréparable se produit.
Valère prend la fuite avec, pour seule boussole, la carte de son père, un berger qui a quitté la montagne à regret. Au gré des sentes pastorales, un itinéraire mène droit à la terre promise. Là-bas, espère-t-il, une autre vie est possible.

C’est du côté des éditions Paulsen que je suis allé chercher Lâcher les chiens, premier roman d’Antonin Feurté, jeune auteur passé par un master d’écriture créative à Toulouse. Comme souvent aux Editions Paulsen, et je crois l’avoir déjà écrit, le livre jouit d’un visuel de belle qualité qui appelle le lecteur et éveille une certaine curiosité. Mais la couverture ne faisant pas le livre, on prend toujours le risque de se faire piéger si l’on s’y fie. Pour autant, nul piège ici.

Personnage principal de ce roman, Valère a quantité d’angoisses et problèmes qui le bouleversent, le conduisant progressivement vers un point de rupture qui ne sera pas sans conséquences. Entre sa vie de famille qu’il estime menacée, un boulot ingrat où sa personne est méprisée et le deuil d’un père qu’il n’arrive pas à faire, notre protagoniste se sent acculé et étouffé. Gagné par une peur légitime ou une dangereuse paranoïa, on ne sait pas tout à fait, il s’engage alors dans une équipée violente et tragique. Rodé au maniement des armes, il décide un jour de se rendre sur son lieu de travail équipé d’un gilet pare-balles et d’une arme dissimulés sous sa tenue de travail. S’en suit une cavale dans les montagnes des Pyrénées où Valère va marcher dans les traces de son père, un homme qui connaissait parfaitement ce territoire et cette nature, une passion et un savoir qu’il a tenté de transmettre à son fils. Confronté à la difficulté du terrain où il a l’urgence de fuir et de se cacher des autorités, il va progressivement nous faire remonter le fil de sa vie à mesure qu’il gravit les hauteurs. S’engage alors une course contre la montre et les éléments, l’ascension d’un massif sur lequel on pressent la chute inéluctable de cet homme perdu.

D’une plume relativement sobre, Antonin Feurté écrit un récit porté avant tout par son rythme prenant et maîtrisé. Les chapitres sont courts et nous amènent à découvrir et approfondir, par alternance, la réalité de la vie de famille de son personnage principal, sa relation avec son père et cette nature omniprésente, un environnement de travail dur et dégradant qui est le quotidien de plus d’un dans notre société, et enfin le déroulement de cette journée jusqu’à son climax qui le mènera dans cette rude cavale. Si dans cette histoire on peut assez facilement voir venir ce qui s’y passe, la cadence fonctionne très bien et on s’immerge sans mal dans le paysage qui nous est décrit.

Antonin Feurté signe avec Lâcher les chiens un premier roman plutôt efficace. Du noir rural et social, teinté de nature writing, qui peut rappeler David Joy et d’autres auteurs du genre. Une nouvelle plume à suivre et qui s’étoffera peut-être par la suite.

Brother Jo.

KILLING ME SOFTLY de Jacky Schwartzmann /La Manuf

« En un peu moins de deux minutes, Thomas meurt, étouffé. Prestation moins longue que son dernier solo de guitare, sur scène, tout à l’heure, mais beaucoup plus originale. D’une certaine façon, je viens de rendre service au rock’n’roll. »

C’est l’œuvre d’un tueur à gages au «nom absurde Madjid Müller ». Quand il avait 6 ans ses parents « se sont fait descendre par la police, lors du braquage d’une agence du Crédit Lyonnais qui a mal tourné, à Montargis.» Des chances, donc, pour qu’il tourne mal lui aussi : la preuve, il possède un immeuble entier rue Saint-Honoré à Paris et gagne bien sa vie… en ôtant celle des autres.

Sa nouvelle mission que lui confie son patron : Supprimer un salaud de pédophile.

«  Le client est une de ses victimes. Il paie cher car il demande un, comment dire… supplément. Il veut être présent. »

Quel est le supplément en question ? Surprise…

Le pédophile : Robert Cueno. Un richissime retraité dans un« mouroir de luxe », un EHPAD, en Franche-Comté. À Besançon. 

Le client : Damien Battant.« C’est un universitaire, je ne peux miser sur son aplomb, sur sa jugeote, je dois partir du principe qu’il sera un boulet. »

Sans trop d’acrobaties, nous allons plonger dans presque une dizaine de revirements spectaculaires dans les quelques 180 pages du livre…Une bonne moyenne donc, sauf qu’on rencontre un problème : au fil des pages, nous devenons copains comme cochons avec Robert-l’octogénaire- pédophile. Il est « alerte, pétillant et enthousiaste » solaire, affectueux, courtois …« c‘est marrant de traîner avec lui ». On s’attache !

Dans cette farce, Jacky Schwartzmann, tape, comme d’habitude et pour notre plaisir ,(voir chez Nyctalopes :BASTIONKASSOPENSION COMPLÈTEDEMAIN C’ EST LOIN .) sur beaucoup de monde. Là, ce sont surtout sur les chaînes d’info en continu « dont l’unique fonction est de remplir les cases entre les publicités «  et dont les journalistes  sont des « laquais » qui passent à la moulinette…

Il y a de l’humour, de la tendresse, du cynisme, de l’énergie mais, pour moi, moins de bonnes vannes (et leur part de vérité) que dans des livres précédents.

« Entre l’os à moelle et l’andouillette triple A. Que dire ? » Il suffira en effet d’un rien du tout pour que le lecteur referme le livre en étant hilare, voire un peu attendri ou fasse la gueule !

Soaz.

LES VOIES SOUTERRAINES de Sylvain Kermici / Plon.

Le rythme d’abord : au présent et mitraillée en de courtes phrases sans sommation, l’écriture de Sylvain Kermici nous hypnotise et nous entraîne vers ces Voies souterraines qu’il tapisse volontiers de formules en velours. Velvet Underground en somme. Le sujet ensuite : lui n’a rien de douillet ni de confortable. Liz et Joshua endossent la panoplie rugueuse de cette jeunesse en friche, jetée à la marge au moindre aveu de faiblesse, au moindre refus de marcher au pas. Les mots de l’auteur (déjà croisé en Série Noire ou aux Arènes) sont choisis, méticuleux et tranchants, succincts et doux à la fois, tout l’inverse de l’avenir bouché et échevelé qu’il assigne à ses personnages.
De paumés à délinquants, il n’y a qu’un toboggan, plus ou moins savonné, selon le degré de cruauté d’un destin accidenté. Et celui de Liz et Joshua ne connaît pas la clémence. Elle est d’emblée sous le joug d’une schizophrénie galopante, il a la rébellion chevillée au corps. Leur couple de guingois ne peut que foncer dans le mur. D’hôtels borgnes en expédients miteux, ils détalent à l’aveugle et ventre à terre, le monde à leurs trousses, l’adversité collée à leurs basques. Ils ne demandent rien mais ont néanmoins besoin de la nécessaire ration de survie. Alors, la débrouille pousse à la faute : le plongeon subséquent s’annonce vertigineux.
En route, on apprend un peu du passé de chacun. Origines simples pour elle, une famille, Papa, Maman, inquiets bien sûr, mais une folie très vite diagnostiquée, d’abord soignée, puis garrotée derrière les barreaux. Désastre familial pour lui et inéluctable fuite vers un horizon sans illusions. Elle est entravée par des monstres imaginaires et lui par des monstruosités bien réelles. Leurs déséquilibres s’incrémentent et leur amour désespéré enfle au gré des dangers en étau. Ils ne font bientôt plus qu’un. La rapine prend ses aises, dans le métro ou ailleurs, pour rapidement devenir vol qualifié puis extorsions plus carabinées. Ils s’inquiètent pour l’autre, ils inquiètent l’autre. Pourtant, jamais Liz ne verse dans l’hybristophilie. Elle peut certes se méfier de Joshua, ne pas adhérer à tous ses plans tordus, mais leur dichotomie se fait symbiose foudroyante. Jusqu’aux meurtres en série qui, forcément, vous alignent dans la mire des chasseurs ou vous attribuent le rôle du lapin dans les phares. Et, dès lors qu’on devient gibier, ce sont les pièges et collets qui vous signalent le bout du chemin.
Le sujet des amants à la dérive et de la cavale sanglante est classique, exploité depuis Bonnie Parker et Clyde Barrow, voire depuis Adam et Eve, mais Sylvain Kermici réussit pourtant une ode inédite à ces enfants qui ne sont rien et le resteront, condamnés à divaguer au bord du précipice. Liz et Joshua en sont la version ultime et dérisoire, punk par défaut. Selon ces mêmes codes balisés, la fugue finira mal. Mais le traitement habile du thème fait des Voies souterraines un roman attachant et accompli.

JLM

BILAN 2025 / Clete.

2025 aura été une année littéraire tronquée dès le départ. En effet, ce fut l’année Benjamin Dierstein qui va tout défoncer en deux romans. Nulle histoire n’a et n’aurait pu atteindre la perfection abordée dès février avec Bleus, blancs, rouges, la fin des années Giscard, BLAM ! suivi d’une seconde explosion aussi létale en septembre avec la suite L’étendard sanglant est levé, le début des années Mitterrand, BLAM ! BLAM !  On attend la fin de la trilogie pour janvier.

Alors forcément, et même s’il ne faut pas comparer les œuvres, le travail fourni, l’ambition d’une histoire… les romans suivants m’ont paru plus ternes. Aussi, plutôt qu’une hotte remplie de « bons livres », cette année, présentons juste l’excellence que nous avons eu la chance de croiser. Pour conserver les précieux bonheurs de lecture et ne garder que l’exceptionnel… à mes yeux.

BLEUS, BLANCS, ROUGES de Benjamin Dierstein / Flammarion.

« L’intrigue est exceptionnelle, irrespirable et passionnante. La violence d’une époque est montrée sans fard mais aussi sans voyeurisme dans un tempo totalement halluciné où certaines structures de phrases, des paragraphes animés comme des mantras, ne manquent pas d’évoquer certaines folies d’Ellroy. » 

L’ÉTENDARD SANGLANT EST LEVÉ de Benjamin Dierstein / Flammarion

« Aussi létal que Bleus, Blancs, Rouges,  L’étendard sanglant est levé est encore plus furieux et explose dans de multiples directions que l’on n’attendait pas forcément, mais toujours avec un souci de présenter l’essentiel au lecteur parfois déboussolé dans ce marigot alimenté par les affaires françaises mais aussi par les irruptions étrangères, Paris étant devenu le terrain de jeu préféré des poseurs de bombes. Remarquable ! »

LE CHANT DU PROPHETE de Paul Lynch / Albin Michel

« Nationalisme exacerbé, état d’urgence, perte des libertés, complotisme, fascisme, arrestations, emprisonnements, stigmatisations et enfin guerre civile… un abominable crescendo vers l’horreur raconté à hauteur d’innocents. La mécanique du désastre d’Eilish épouse brisée et mère de quatre enfants qui appréhenderont chacun à leur manière l’injustice, la barbarie, la guerre, la mort… Un roman aussi précieux qu’effroyable éclairé par le talent et l’humanité de Paul Lynch. »

LE JEU DE LA RUMEUR de Thomas Mullen / Rivages Noir

« Un grand roman historique et politique doublé d’un bon polar, premier volume d’une trilogie, Thomas Mullen la grande classe ! »

LE MONDE EST FATIGUÉ de Joseph Incardona / Finitude

« Le monde est fatigué est donc une nouvelle variante de « la lutte des classes » avec l’histoire d’une femme flinguée par la vie, la connerie, le fric roi. Mais ici, pas d’apitoiement, on a presque brisé Êve mais surtout on a fait de la jeune femme une guerrière que personne ne pourra arrêter dans sa quête. Redoutez le chant des sirènes… »

A LA TABLE DES LOUPS d’Adam Rapp / Seuil

« Animé d’une réelle force narrative, suggérant l’indicible sans jamais le montrer, offrant parfois quelques clés très troublantes au détour d’une page A la table des loups est un roman redoutable, triste à fendre le cœur parfois, développant les mécanismes d’une omerta familiale, laissant un trace indélébile et interrogeant sur les désordres de la psyché, sur les maladies mentales. » 

LE SANG DES COLLINES de Scott Preston / Albin Michel

« Très vite, alors qu’émergent la violence et les peurs, un crescendo redoutable vers la bestialité créant une atmosphère souvent irrespirable, apparait aussi une autre histoire, beaucoup plus humaine, philosophique. Une colline, le cours d’un ruisseau, un rocher, une bergerie, un vent hurlant venu d’Irlande faisant courber l’échine, un abri, un bois… Qu’est-ce qui fait que certains hommes et femmes, malgré l’hostilité de la vie, les difficultés, le malheur, la douleur, s’accrochent à un lieu, à des contrées inhospitalières où l’homme n’est plus qu’une bête parmi les autres… »

That’s all folks !

Et puis mon plus grand bonheur de 2025 selon une plate-forme suédoise de streaming musical.

LES DÉLICES DU DÉMON d’Ambrose Bierce / Finitude.

The Fien’s Delight

Traduction: Jérémy Chateau

« Paru en 1873 à Londres, où Ambrose Bierce s’est exilé pour trouver la célébrité, un recueil de textes courts, de l’essai au poème, représentatifs de son humour noir.
Il navigue sur les thèmes de la moralité, du surnaturel et du macabre. Son utilisation de l’ironie et de la prose satirique reflète la désillusion d’une époque marquée par les conflits et les bouleversements sociétaux. »

Jusqu’ici inédit en France, Les délices du Démon est considéré comme le recueil, le fracas qui introduit l’œuvre la plus célèbre d’Ambrose Bierce Le dictionnaire du diable que l’on trouve encore dans les librairies mais qui, malgré sa virtuosité, n’offre pas le même réel plaisir de lecture. Journaliste, novelliste, poète, Bierce était surnommé « l’homme le plus méchant de San Francisco » tant on craignait son art à épingler férocement ses contemporains. Ancien combattant de la guerre de Sécession, il a aussi écrit sur le conflit et montré, dans l’horreur, l’absurdité de la guerre. Admiré par ses pairs, de Jack London à Lovecraft en passant par Stephen King, Bierce a consacré la majeure partie de son œuvre à la littérature fantastique. Il est aussi présent dans la première saison de True Detective qui met en scène la ville de Carcosa, une de ses créations. Parti soutenir la lutte de Pancho Villa, on perdra sa trace au Mexique peu avant la première guerre mondiale.

Dans Les délices du Démon, son premier ouvrage, on le découvre en brocardeur furieux et désinvolte de ses contemporains et de leurs peines, de leurs actes et crimes que l’on a tendance à attribuer au diable, au démon, au Malin alors qu’elles ne sont que la conséquence de la banale vilénie humaine. Nul besoin de présence surnaturelle pour tuer son époux, son voisin, l’étranger de passage et Bierce, méchant et souvent irrésistible, montre notre part sombre avec un humour noir fin et élégant. Alors, on est dans un sacré pandémonium et Bierce y fourre tout, de petites histoires cruelles d’une à deux pages, des « ricanismes », des extraits de presse fictifs, des poésies (hum, à éviter), des fulgurances de trois à quatre lignes… tout est bon pour défoncer la bonne société américaine et ses tares…

« Un étranger en haut-de-forme est arrivé en ville hier, et s’est installé à la Nugget House. Ce matin, les garçons jonglaient avec son couvre-chef. Les obsèques auront lieu à quatorze heures. »

Alors, tout n’est pas parfait dans cet immense foutoir, tous les textes en se valent pas, certains contenus restent cryptés mais on sent constamment une belle hargne destructrice, un verbe fort et le propos s’avère souvent méchamment jouissif. Ajoutons aussi que Bierce avait une très belle plume dans un siècle qui n’en manquait pas et que les « saloperies » qu’il peut raconter sur ses contemporains prennent une toute autre dimension. Bonheur de lecture particulièrement immoral écrit avec beaucoup de morgue et de désinvolture, Les délices du Démon s’avère une délicieuse friandise enrobant les pires penchants de l’homme, qu’on déguste petit à petit, au gré de nos envies de contempler les manifestations du malheur… chez les autres.

« Le surintendant de la mine, Mag Davis, nous a sollicités pour passer l’annonce suivante : il serait bon de mettre un terme à l’habitude de balancer des Chinois et des Indiens dans le puits, car le travail a repris dans la mine. Le vieux puits, derrière chez Jo Bowman, est tout aussi valable, et plus proche du centre-ville. »

Clete.

PS: les amateurs de l’excellent auteur belge Bernard Quiriny y trouveront assurément leur bonheur.

BILAN 2025 / Brother Jo.

2025 fut une nouvelle année littéraire, pour ma part, relativement éclectique. Toujours plutôt en recherche d’œuvres qui s’inscrivent dans une certaine marge plutôt que celles qui cochent un peu toutes les cases de tel ou tel genre, la moisson fut bonne bien que les véritables claques se soient faites rares. Les livres les plus marquants resteront pour moi Taxi de nuit de Jack Clark et Le Loup de la famille de Souhaib Ayoub. Un réel plaisir aussi de retrouver Charlotte Boulard avec A trois, on saute. Les éditions du Gospel, dont j’apprécie particulièrement le travail, continuent de se développer et de nous régaler. Du Gospel, que du bon, avec une préférence pour Ta vie dans un trou noir de Bucky Sinister et Rien ne pourra t’atteindre de Nicola Maye Goldberg. Toujours de bonnes surprises également chez Quidam avec notamment cette année Rêve d’une pomme acide de Justine Arnal. Et puis c’est nouvelle collection chez Fleuve, Styx, dont les premières publications plus que convaincantes m’ont permis de découvrir Sophie White avec Vers ma fin. Enfin, je me suis essayé pour la première fois à Mariana Enriquez et son excellent recueil Un lieu ensoleillé pour personnes sombres. Sans oublier cette curiosité chez Paulsen qu’est Cairns de Martin Baldysz. 2025 ce fut également pour moi l’occasion de réaliser deux entretiens fleuves, l’un avec John Darnielle pour La Maison du diable publié en 2024 chez Le Gospel, et l’autre de l’un de mes grands maîtres de littérature, le toujours humble et passionnant Donald Ray Pollock dont je ne recommanderai jamais assez l’oeuvre.

TAXI DE NUIT de Jack Clark / Sonatine

« Taxi de nuit est un authentique roman d’atmosphère, noir comme les nuits qu’il traverse. Un récit très brut et d’un réalisme saisissant, particulièrement minutieux, donc autant dire écrit d’une main de maître. Impossible de décrocher une fois que l’on s’est plongé dedans. Un court mais grand livre qui a tout d’un classique. »

LE LOUP DE LA FAMILLE de Souhaib Ayoub / Actes Sud

« Quelle fascinante plongée dans Tripoli qu’est Le Loup de la famille ! Un roman court et sinueux, particulièrement dense, qui imprime dans votre cerveau des images parfois dures mais puissantes. »

A TROIS ON SAUTE de Charlotte Bourlard / Au diable vauvert

« C’est avec plaisir que l’on retrouve la plume simple et percutante de Charlotte Bourlard qui ne craint jamais d’être cru, frontale et perturbante. Elle ne prend pas de pincettes, c’est certain. Avec A trois, on saute, elle continue d’explorer les bas-fonds de la société sans jamais porter de jugement sur les marginaux qui peuplent son univers. Il lui arrive même de leur donner une part de lumière dans la noirceur qui est la leur. »

RIEN NE POURRA T’ATTEINDRE de Nicola Maye Goldberg / Le Gospel

« C’est un peu la marque de fabrique du Gospel, Rien ne pourra t’atteindre de Nicola Maye Goldberg n’est évidemment pas un livre pour tout le monde. Mais qu’on se le dise, on a là l’un des page-turners de l’année. Un roman noir absorbant et en marge de ce qui se fait habituellement dans le domaine. Également un bon rappel que ceux qui aiment ou disent aimer, sont aussi capables de violence, et que les femmes en sont généralement les premières victimes. »

TA VIE DANS UN TROU NOIR de Bucky Sinister / Le Gospel

« Ta vie dans un trou noir c’est San Francisco Parano. Bucky Sinister a pondu un roman complètement halluciné et dopé à l’humour noir, quelque part entre Philip K. Dick, Hunter S. Thompson et William S. Burroughs. Une satire aussi triste qu’hilarante. Un livre pour le moins addictif, c’est peu de le dire ! »

REVE D’UNE POMME ACIDE de Justine Arnal / Quidam

Sans nul doute, le roman de Justine Arnal est une précieuse surprise dont le charme mélancolique séduit. Un livre sensible qui dit beaucoup de la vie en seulement 200 et quelques pages. C’est une belle et sincère voix qui s’exprime ici. On en reprendrait bien encore un stück, comme on dirait par chez nous.

VERS MA FIN de Sophie White / Fleuve éditions

Vers ma fin est un roman d’horreur monstrueux, peu ragoutant et viscéralement dérangeant. Vous aurez certainement envie de poser ce livre mais ne pourrez pas le lâcher. Tout à fait prenant et tout ce qu’il y a de plus noir.

UN LIEU ENSOLEILLÉ POUR PERSONNES SOMBRES de Mariana Enriquez / Editions du Sous-Sol

« Avec son livre Un lieu ensoleillé pour personnes sombres, Mariana Enriquez saura, à minima, vous inquiéter, mais peut-être même vous glacer le sang. L’exercice de la nouvelle, trop souvent mésestimé, est ici exécuté avec une intelligence certaine et un imaginaire captivant. Un recueil de nouvelles effroyablement appréciable. »

CAIRNS de Martin Baldysz / Paulsen

« C’est d’une écriture sobre et précise que Martin Baldysz nous conte cette étrange histoire. Il ne privilégie aucun genre littéraire mais touche un peu à l’un ou à l’autre. Il nous amène à nous poser des questions mais sans jamais vraiment y répondre. Il nous laisse supposer que son texte va aboutir à un dénouement qui apportera la lumière sur toutes ces zones d’ombre. Mais non, le flou demeure et le mystère avec. »

On ne va pas la refaire mais on va la refaire quand même, à chaque année son lot d’artistes que l’on apprécie et qui passent malheureusement l’arme à gauche. Je peux en citer plein mais je vais me contenter de deux que j’affectionne particulièrement. Tout d’abord David Lynch, géant du cinéma avec plusieurs cordes à son arc et dont l’œuvre incroyable fascinera toujours. Et puis il y a eu la disparition de Bill Fay, musicien de génie mais toujours resté dans l’ombre, alors qu’il aura composé des disques d’une beauté fulgurante dignes des plus grands. Je vous invite vivement à vous replonger dans ses disques ou à le découvrir si vous ne le connaissez pas.

Brother Jo

BAGARRE d’Yvan Robin / In8

Bergerac, Aurillac, Muzillac, Jonzac… des noms aux sonorités qui fleurent bon la France des campagnes plutôt vers la façade atlantique et le Sud-ouest. Des communes assoupies, une vie au ralenti, paisible ou ennuyeuse selon les avis, des terrasses de café sur des places ombragées, des gens qui se connaissent un peu tous flinguant l’anonymat certes mais procurant parfois un sentiment protecteur par l’appartenance à une communauté qui fonctionne au rythme des horaires des boutiques et des troquets. Rien de plus erroné comme va nous le monter Yvan Robin que nous suivons depuis quelques années déjà et qui propose un court récit, une novella nommée sobrement et sombrement Bagarre.

Originaire de la ville, Yvan Robin a fouillé dans les archives communales et dans la mémoire des témoins pour nous raconter la baston du siècle à Jonzac, « paisible » commune de moins de 4000 habitants, son château et son bar « Le canotier » où se pratiquent des joutes de karaoké le samedi soir. Mais en ce samedi 2 octobre 1999, tout va partir en « distribil » et le bar « branchouille » de Jonzac va devenir le furieux théâtre d’une version charentaise de Fort Alamo.

Yvan Robin nous raconte la soirée, se concentrant sur l’évènement, à l’os, se protégeant d’une quelconque partialité. Le récit est tendu et si on ne connait pas l’événement, on peut s’inquiéter sur le devenir de certains innocents piégés dans ce déferlement de violence. On est à une époque où les réseaux sociaux n’existent pas et donc le récit n’a pas été pollué par de multiples versions aussi farfelues et faussées que complotistes.

Pour aider à une plus fine compréhension, Yvan Robin raconte aussi l’avant regrettable et l’après lamentable menant finalement les deux clans à une parfaite égalité dans la connerie. Bien sûr, durant ce « Blitz » jonzacais que d’aucuns prévoyaient, il y aura bien du sang, de la sueur et des larmes noyés dans des relents d’alcool et de testotérone, parfaitement guidés par une évidente connerie, une xénophobie flagrante et magnifiés par l’alcool.

L’actualité de ces derniers mois avec ces drames lors d’affrontements entre bandes dans des soirées rurales indique qu’une forme de violence gagne la campagne jusqu’alors protégée et cet intéressant instantané d’une fin de siècle à Jonzac montre que ce n’est pas un phénomène aussi récent qu’on veut bien nous le répéter. Un jour en France !

Clete.

Du même auteur chez Nyctalopes:

HERVÉ LE CORRE, MÉLANCOLIE RÉVOLUTIONNAIRE, LA FAUVE, APRÈS NOUS LE DÉLUGE, L’ APPÉTIT DE LA DESTRUCTION.

Sur un mode beaucoup plus léger, on pourra aussi écouter une version finistérienne épique, légendaire de bagarres dans les bars et ailleurs… La légende des frères Guillevic ! Personnes sensibles s’abstenir.

WHITE CITY de Dominic Nolan / Rivages / Noir.

White City

Traduction: David Fauquemberg

«– Il est où, Papa ?
– Au travail, j’imagine.
– Elle voulait quoi, Maman ?
– Que j’éteigne le soleil. »
Nees haussa les épaules, cette requête n’étant pas la plus impossible que leur mère eût jamais faite.»

Tout est là, dans les premières pages du livre, le début d’une histoire discrète : Un papa jamaïcain soudainement absent, une mère déjà à la dérive, une fillette, Addly, qui va devoir prendre en charge sa petite sœur Nees, et un adorable petit voisin, Chabon, débrouillard et généreux… Des enfants qui vont devoir grandir avec le manque d’argent, de nourriture, le logement insalubre, les escrocs et la peur. Il y a un autre père qui ne rentre pas non plus à la maison, le mari de Claire et le papa de Ray… Nous allons les suivre dans leurs tourments dans cette ville de Londres de 1952 jusqu’aux émeutes raciales de Notting Hill en 1958.

Mais où est le spectaculaire ? le braquage du fourgon postal ? le plus grand vol de l’histoire britannique ? celui qui affole, politiques, flics et médias ? N’est- il pas le sujet principal du livre ? Le déclencheur sans doute, mais on peut ne pas lui accorder la vedette…On connaît d’ailleurs tout de suite les coupables : Teddy Nunn alias « Mother », lieutenant sanguinaire de Billy Hill, chef de la pègre…Mother qui va avoir la cruauté d’exécuter les quatre braqueurs …une vraie boucherie…

Alors on revient à cette ville ravagée par les bombes nazies de la deuxième guerre mondiale, qui tarde à se reconstruire, « ses zones d’anéantissement » que se partagent les enfants pauvres et les rats. Les quartiers délabrés et les bars malfamés, empires du racket et de la drogue, dans lesquels navigue un personnage ambigu et torturé, blessé, trahi, Dave Lander :

«Perché depuis six ans sur le fil du rasoir entre flics et gangsters, Lander ne voyait plus guère de différence entre les deux. Peu lui importait»

Les personnages sont complexes, attachants ou odieux, mais toujours bien travaillés. Mais… (et c’est tellement dommage !) on peut regretter des passages confus avec quelques redites, des erreurs dans le nom des personnages : l’auteur lui-même confond Ray et Chay : Charles Bonamy, alias Chabon ou Chay…mais comment ne pas s’y perdre ?

Ce deuxième roman de Dominic Nolan (en 2024 paraissait Vine Street), est aussi un polar très dense et de belle facture. Il raconte plusieurs histoires tissées au sein d’une société en crise et aux prises avec les premières vagues d’immigration : A la fin du livre, quelques centaines de Blancs, les Teddy Boys , s’en prendront aux gens de couleur, aux cris de « Keep Britain White ».
Se rappeler que le 13 septembre 2025, ils étaient 150 000 manifestants d’extrême droite à défiler dans ces mêmes rues de Londres, réunis sous le slogan « Unite the Kingdom » et sur leurs pancartes on pouvait lire « renvoyez-les chez eux »…

Un sombre et admirable roman, avec, en équilibre précaire, la violence et la chaleur d’une humanité qui veut garder quelques éclats d’espoir.

Soaz

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